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Univers Parallèles

Des Bd, des dessins rigolos, des textes débiles et plein de n'importe quoi comme s'il en pleuvait, avec des dessinateurs fous fous fous...

Cadavre exquis à quatre mains en cinq épisodes : "Se souvenir d’elles" (3)

  Becket tendit la main et actionna la poignée de la porte. Il était prêt à faire face à n’importe quoi, il le sentait au plus profond de lui.
  Cependant, il était prêt à tout sauf à ce qui l’attendait effectivement sur le pas de sa porte.

  Lorsqu’il vit Elizabeth, vêtue d’une toge comme si elle sortait d’un péplum tourné au siècle dernier, il ne put prononcer un mot, à la fois émerveillé par sa beauté et son élégance intactes et tétanisé par la situation.

  — Suis-moi, lui dit-elle d'un ton directif mais bienveillant.

  Il ne put que s'exécuter, comme s'il n'avait plus la force de résister à quoi que ce soit. Était-ce la lassitude ou un désir de comprendre tout ce qui se passait ? Becket suivit donc Elizabeth qui lui prit la main et, à cela, il se rendit compte qu'elle n'était pas la version qu'il connaissait. Au moment où les deux épidermes se rencontrèrent, il sentit une décharge d'électricité statique et sa main était froide. Une froideur non humaine, un objet non vivant mais animé d'une volonté propre. Et c'est à ce moment-là qu'il remarqua que l'orage ne s'était pas seulement arrêté mais que la pluie était simplement mise en pause avec une multitude de gouttes d'eau en suspension. Le temps s'était tout simplement suspendu.
  Ils arrivèrent sur la plage, une barque était là, les attendait. Ils montèrent à l'intérieur pour se diriger vers l'île. L'océan aussi s'était mis en pause, aussi calme et silencieux qu'un lac. La traversée fut rapide et ils se retrouvèrent au pied de l'escalier rocheux. « Suis-moi », lui dit-elle avec, toujours, cette bienveillance qu'il pouvait qualifier de maternelle. En arrivant au sommet, il découvrit la lisière d'une forêt mais une flore inconnue du genre humain.

  Il stoppa son avancée, abasourdi par ce qu'il avait devant lui. Il mit quelques secondes à reprendre ses esprits, mais pendant celles-ci, Elizabeth avait disparu. Becket balaya les alentours du regard mais ne vit que l'étrange étendue boisée. Au bout de quelques instants, il entendit la voix d'Elizabeth avec, pour origine, le cœur de la forêt, elle l'invitait encore à la suivre. Becket hésita quelques secondes avant de s'y engouffrer.
  La progression fut difficile jusqu'à son arrivée dans une petite clairière où l'attendait Elizabeth, debout, mains jointes, avec un sourire amusé. Quand elle le vit, elle lui adressa les mots suivants : « Comme tu dois t'en douter, je ne suis pas ton Elizabeth, je suis ton souvenir ». Aussitôt qu'elle eut fini sa phrase, elle tomba à genoux et explosa en sanglots. Mais les larmes qui coulaient sur ses joues étaient de sang, ses dernières vinrent tacher sa toge immaculée. Becket était pétrifié, il ne bougea pas d'un pouce, bouche bée devant ce dont il était témoin.
  D'un seul coup, elle s'arrêta, se releva et le fixa dans les yeux en penchant la tête sur la droite. La tristesse de son visage laissa place à une expression plus perverse et dérangeante. De sa main gauche, elle fit glisser le long de son épaule le linge moucheté de sang qui lui servait de vêtement. La toge tomba aux chevilles de la demoiselle, laissant apparaître son corps, mais surtout ses jambes semblables à celles des caprins.
  Becket le savait, ce genre de choses pouvait se produire, il avait été largement briefé sur les multiples pièges que l’île pouvait lui tendre et d’une certaine façon, il était satisfait de la tournure que les évènements semblaient prendre. Toutefois, l’apparition d’Elizabeth, avec tout le mystère qui l’entourait, même si elle l’avait envoûté de prime abord, le laissait maintenant perplexe. Le temps était toujours comme figé autour de lui, et il ne sentait pas le moindre souffle d’air sur sa peau. Tout à sa réflexion, il avançait dans sa direction… la créature, désormais totalement nue, arborant toujours cet étrange rictus, l’attirait irrésistiblement. Au-delà de sa propre peur, de sa répulsion, et au-delà de toute logique, il marchait, résolu, comme si un désir primitif s’était emparé de son être.  Conscient cependant du danger potentiel, il saisit un morceau de bois au passage…

 

Bertrand Duris – Mickaël Glane – Nicholas Leroy – David Verdier

Photo Missy Queen

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