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Univers Parallèles

Journal web de textes courts, d'infos culturelles ou autres, de dessins rigolos et de n'importe quoi...

Cadavre exquis à quatre mains en cinq épisodes : "Se souvenir d’elles" (2)

 

Car, il le savait pour en avoir été le témoin à plusieurs reprises, l’énergie générée par les éclairs donnait lieu à l’apparition d’images du passé. À l’endroit-même où ceux-ci frappaient la terre. La première fois qu’il avait constaté le phénomène, il était resté figé, stupéfait autant que captivé, observant des sortes d’hologrammes qui se succédaient à grande vitesse sous ses yeux. À deux ou trois reprises, il s’était vu évoluant dans les représentations miniatures d’un monde qu’il avait très bien connu. Des moments importants de sa vie, des êtres chers qui ne faisaient que passer au détour d’un reflet…

  Il était à présent devant les morceaux de roche. Persuadé que, s’il s’avisait d’en toucher un, il se brûlerait, l’homme se contenta tout d’abord de les observer. Puis il s’accroupit, percevant un début de changement. La lumière verdâtre s’estompa alors et laissa la place aux images défilantes, comme les fois précédentes.

  C'est au moment même où il décida de toucher la roche qu’il fut assailli par d'innombrables flashes, comme des souvenirs, il voyagea à travers l'espace et le temps, parcourut une partie de l'univers, vit l'émergence et la disparition d'une multitude de mondes et de créatures vivantes que son esprit même n'aurait jamais pu imaginer. Tout s'arrêta brusquement lorsqu'il retira sa main de cette chose qui, de toute évidence, n'était pas de ce monde. Que devait-il faire : appeler le Conseil pour recevoir les directives ou bien devait-il garder cette découverte secrète ?

  « Ces images sont comme des souvenirs, mais comment une roche peut-elle stocker et partager des souvenirs ? ».

  Cela l'intriguait, mais le fait de retenter l'expérience le séduisait d'autant plus, lui si friand de récits de science-fiction ou cosmiques où, comme il en était persuadé, l'homme n'était qu'un grain de sable dans l'univers !

  Il décida de regagner sa cabane. En y arrivant, il se fit couler un café. Une fois ce dernier servi, il s'assit sur une chaise. Et c'est le regard dans le vide qu'il réfléchit à ce qui venait de se produire. Que faire ? Qui prévenir ? Devait-il garder cela pour lui ? Tant de questions qui lui passaient par la tête. Mais il n'eut point le temps d'y réfléchir plus longtemps car il entendit frapper à sa porte. Il se leva d'un bond, surpris de recevoir de la visite, la seule qu'il ait jamais eue dans cet endroit. D'un pas des plus méfiants, il s'approcha de son entrée et, arrivé à environ un mètre de sa porte, son visiteur tambourina de nouveau et dit d'une voix rocailleuse : « Becket, je sais que tu es là, ouvre-moi ! ».

  Becket fut pris d'un frisson, il avait reconnu la voix qui venait de s'adresser à lui. C'était celle de son père, mort depuis bientôt quinze ans.

  Ce simple constat le rassura presque. Quelle que soit l’origine de cette voix, ça ne pouvait pas être son père. La suite des évènements allait donc découler de l’ouverture, ou non, de la porte… Il se fit la réflexion que, décidément, son raisonnement était plus clair, plus rapide et plus sûr lorsqu’il se trouvait à l’intérieur de la cabane. Un instant passa, puis les coups reprirent, toujours accompagnés de cette voix prononçant son nom. Il colla son oreille à la porte et il lui sembla entendre une respiration. Il se concentra davantage… avec l’impression confuse que quelque chose n’allait pas. Un coup brutal sur la porte le fit sursauter et il recula, manquant de perdre l’équilibre. Le souffle court, il demanda : « C’est toi ? », puis se rapprocha à nouveau de la porte, l’esprit assailli de mille doutes et questions.

  « Oui », répondit simplement la voix. Et c’est là qu’il comprit : il n’entendait plus l’orage...

  Becket était désormais déterminé à aller de l’avant. Il n’avait soudain plus peur de l’extérieur, de ce qu’il ne voyait pas, de ce qu’il ne comprenait pas. Il lui fallait des réponses. Que pouvait-il bien lui arriver de toute façon ? Mourir ? Même ça, ne serait-ce pas une délivrance, dans un sens ? Car que pouvait-il attendre de sa situation présente, si ce n’est une conclusion, aussi définitive soit-elle ?

 

 

Bertrand Duris – Mickaël Glane – Nicholas Leroy – David Verdier

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