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Univers Parallèles

Journal web de textes courts, d'infos culturelles ou autres, de dessins rigolos et de n'importe quoi...

Le toboggan d’Akhara Boumton par Alain Imoléon

La plupart du temps, les faits sont de petits riens que personne ne remarque.À mes yeux, leur singularité devrait attirer l’attention de tous. Peut-être sont-ils trop représentatifs de notre temps pour se distinguer de tous ceux qui façonnent notre réel.

J’en veux pour preuve cet enfant, Akhara Boumton. Hier, de retour de promenade, à l’angle du logement de fonction de madame Prigent, j’ai vu glisser Akhara au bas du toboggan. Séparée du trottoir par un muret qui m’arrive à la taille, la cour de l’école est un demi-cercle goudronné où, à sa lisière, trône un tilleul étêté. À hauteur du tilleul, je regardais en passant les enfants jouer, courir, se battre, parler près du préau où deux maîtresses surveillaient et discutaient avec passion de pédagogie différenciée, avant d’évoquer le cas de la petite Sandra.

L’enfant Akhara Boumton, toujours assis en bas du toboggan, sa petite main à laquelle il manque un doigt dépassant du rebord, jetait des coups d’œil furtifs à l’entour et voyant que personne ne prêtait attention à lui, tout à coup est remonté jusqu’en haut du toboggan, en une rapide glissade ascendante. Comme j’étais le seul à avoir saisi ce mouvement défiant les lois de la gravitation, l’effet en a été fulgurant. Je me suis retrouvé à l’angle du logement de fonction de madame Prigent et j’ai vu glisser Akhara au bas du toboggan. J’ai effectué le même chemin le long du muret, les enfants continuaient à jouer, à courir, à se battre, à parler près du préau où les deux maîtresses surveillaient toujours, en discutant plus calmement de la réforme de l’orthographe. Akhara, une fois encore, du regard a inspecté la cour et croyant que personne ne l’observait s’est retrouvé, mû par une sorte d’élastique invisible en haut du toboggan et moi, à l’angle du logement de fonction de madame Prigent, juste à temps pour apercevoir le petit Cambodgien glisser une nouvelle fois et s’arrêter au bas du toboggan. Ostensiblement, j’ai regardé devant moi ; je ne voulais pas être projeté encore une fois à l’angle du logement de fonction de madame Prigent, mais la curiosité a été la plus forte, je n’ai pu m’empêcher de jeter un œil à la dérobade vers Akhara, suffisamment néanmoins pour le voir remonter en haut du toboggan. Quant à moi, de nouveau, je me suis retrouvé au même endroit, à cet angle du logement de fonction de madame Prigent, pour revoir ce que j’avais déjà vu : Akhara glisser comme si c’était la première fois au bas du toboggan. Cette fois, j’étais bien décidé, à regarder droit devant, sinon, j’avais la certitude que jamais je ne pourrais rentrer chez moi, jamais je ne pourrais m’échapper de cette séquence temporelle. Malheureusement, arrivé au tilleul, la seule pensée de voir Akhara remonter le toboggan, m’a ramené à mon point de départ, celui où, à l’angle du logement de fonction de madame Prigent, je voyais descendre en glissant sur le toboggan, Akhara. L’angoisse de finir ma vie, voire de vivre éternellement dans cet instant, entre l’angle du logement et le tilleul m’a saisi. Je ne saurais dire combien de temps, j’ai refait le trajet. Arrivé au tilleul, au signal de l’enfant, je retournais à l’angle de la rue, comme un disque rayé, reprend toujours au même endroit, une mélodie sans fin.

Pourtant, vous direz-vous, si je lis ces lignes, c’est que leur auteur est bien sorti de cet instant répétitif, pour ne pas dire itératif, qu’à un moment, il a fini par dépasser le tilleul et continuer son chemin ; et peut-être vous demanderez-vous comment ?

 

 

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