Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Univers Parallèles

Des Bd, des dessins rigolos, des textes débiles et plein de n'importe quoi comme s'il en pleuvait, avec des dessinateurs fous fous fous...

Disparaître ici par Olivier Latissiere

Alors je lui dis qu'il peut bien aller se faire foutre. Mon patron semble avoir compris ma remarque. Et c'est comme ça que je me retrouve dans la rue sous un soleil plombé. Je sens des gouttes de sueur dégouliner sous mes aisselles et le bas de mon dos. J'enlève ma veste, dénoue ma cravate et fourre le tout dans une poubelle. Maintenant que je viens de perdre mon boulot, ça n'a plus trop d'importance, voyez-vous. J'aurai pu continuer encore longtemps a refourguer des contrats d'assurances à des vieux qui ne peuvent plus lire les petites lignes mais six mois dans la même boîte alors que je n'ai jamais eu la vocation, ça suffit bien. C'est ce que je me suis dis ce matin en me levant. Une sorte de révélation, appelez ça comme vous voulez.

Lorsque j'arrive à l'appart, Cécile est entrain de confectionner un mobile avec des bouts de ferraille et des petites figurines représentant des chevaliers et des dragons sur du papier plastifié. Elle n'a pas encore passé l'échographie du troisième mois mais elle est persuadée déjà que c'est un garçon. Moi j'aimerai bien une fille. C'est bien connu, les filles préfèrent leur père à leur mère.

"Tu rentres déjà?" elle dit avec un sourire appliqué sur son ouvrage.

"Ouais." je réponds.

"C'est rare qu'ils te donnent un après-midi de congé! On va pouvoir aller chez Saint-Macloux choisir le papier de la chambre!"

Elle rayonne pire que le soleil dehors.

"Hum disons que les choses ne se sont pas passées tout à fait comme ça."

Alors là, son visage s'assombrit d'un coup, du style arrivé de gros cumulonimbus au niveau des sourcils et formation de nimbostratus dans le fond de ses yeux bleus.

"Putain, qu'est-ce que t'as encore été faire!" elle dit comme si elle me connaissait par cœur mais, bon, je crois bien qu'elle me connait par cœur.

"Tu sais, je crois pas que ce soit bien pour le bébé que tu dises des gros mots, ça entend tout les bébés, tu sais." je dis, tout calme.

"Merde, Max, dis-moi ce qui s'est passé!"

il me semble que l'orage va éclater sous peu.

"Écoute Cécile, j'ai trente-cinq ans et je me suis dis qu'il était temps de savoir ce que je voulais vraiment dans la vie."

"...Et donc?" elle dit le plus calmement possible mais avec un ton qui indique clairement que l'orage se déplace vers l'Antarctique.

"Donc j'ai démissionné pour pouvoir avoir la liberté de choisir quelle orientation donner à ma vie."

"Car, bien sûr, tu as une idée de ce que tu vas bien pouvoir faire maintenant!"

Les morceaux de ferraille du mobile sont tous tordus sous la pression de ses doigts.

"J'ai pas encore trop réfléchi à cette partie-là à vrai dire..."

Et là, je sens bien que je n'aurai jamais dû dire ça.

"Mais il est bien là le problème, putain! (je fronce les sourcils, désapprobateur, mais elle s'en fout) J'ai rien contre le fait que tu veuilles changer de job mais tu pourrais au moins en trouver un autre avant de quitter celui que tu as!"

Un moment de silence s'installe difficilement dans l'ambiance pesante qu'il y a entre nous.

"Et pourquoi maintenant? Ça t'a pris comme ça, d'un coup, pffffuit, genre, tiens, je vais larguer mon boulot aujourd'hui et foutre tout le monde dans la merde autour de moi, comme ça, juste parce que je me suis levé du pied gauche ce matin ?!" et elle appuie sa réflexion d'une pichenette sur son front.

"Y'a un peu de ça sauf quand tu parles de mettre dans la merde, là, mais, pour être exact, j'ai eu une sorte de, euh, tu vois, une sorte de révélation si on peut dire."

"Ah parce que tu fais dans le mystique à présent! Si j'avais pas tellement envie de t'en coller une, tu arriverais presque à me faire marrer!"

A ce moment précis de la conversation, je sais que c'est tout ou rien rapport à ce que je vais répondre. On peut aussi dire que c'est là que je commence sérieusement à me mettre dans les ennuis.

"Crois ce que tu veux, mais moi je l'ai bien vu de mes yeux ce matin et ELLE m'a clairement dit qu'il fallait que je quitte mon boulot et qu'une nouvelle vie s'offrait à moi!"

J'ai toujours su que je n'étais pas bon dans le mensonge, et encore moins dans l'improvisation d'un mensonge.

"Mais qui, bordel?! T'es même pas baptisé, Max!"

"C'est difficile à expliquer et, de plus, tu me parais pas très disposée à me comprendre on dirait."

"Ah mais je suis désolée, vraiment! Bien sûr, c'est moi qui ne comprend pas, oui, c'est forcément ça! Et elle ressemblait à quoi ton apparition, là?"

"Hum si je devais comparer à quelqu'un de connu, je dirais qu'elle avait un air de Sophie Marceau, mais en plus blonde."

"Mais tu me prends vraiment pour une imbécile! C'est pire que tout! Monsieur prend ses rêves érotiques pour des messages divins! Tu déconnes grave, là, Max!"

Il s'agit de finaliser ma prestation au mieux, aussi je prends l'air outragé d'une vieille dame à qui l'on demanderait si elle aime la fellation et me dirige vers la porte d'entrée.

"Où tu crois aller, là ! ?"

Cécile s'est levée d'un bond. Le mobile en construction explose sur le linoléum.

"Tu n'es qu'une païenne! Tu ne comprends pas qu'ELLE est apparue pour nous aider à trouver notre vraie voie ! Notre destinée !" je dis au point où j'en suis.

Et je claque la porte derrière moi de la façon la plus théâtrale possible, un peu comme dans ces comédies de boulevard, vous voyez. Puis je fais semblant de descendre bruyamment les marches qui mènent au rez-de-chaussée en faisant réduire le son de mes pas au fur et à mesure. Et je reviens coller mon oreille contre la porte. J'entends le bruit presque imperceptible des morceaux de mobile qu'elle rassemble et ramasse en reniflant. Je me sens minable. Si je résume, j'ai perdu mon taf, ma copine et peut-être Celia, notre futur bébé. Pour arranger ça il suffirait juste que je prenne une bonne décision au moins une fois dans cette journée.

Je descends les étages jusqu'à ma voiture et décide d'aller dans l'église la plus proche. Histoire de voir, comme ça.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article