Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Univers Parallèles

Journal web de textes courts, d'infos culturelles ou autres, de dessins rigolos et de n'importe quoi...

Dans le dressing par David Verdier

  Pour la centième fois, j’essuyai la sueur qui me tombait dans les yeux, me brûlant à chaque fois un peu plus. J’étais enfermé avec ma femme depuis maintenant trois heures, dans le dressing à l’étage. Cette maison qu’on aimait tant, cet endroit associé à tant de beaux souvenirs, était devenue le dernier endroit sur terre où nous aurions voulu nous trouver. Je tenais à la main la hache qui m’avait servi à fendre le bois la veille : les jointures de mes doigts étaient blanches à force de se crisper sur le manche.
  Une ampoule nue servait d’éclairage à cette petite pièce qui faisait à peine deux mètres sur trois. Une odeur de linge propre contrastait étrangement avec la situation du moment. Tapis au milieu de nos fringues, à attendre que cette... chose finisse de défoncer la porte qui donnait sur notre chambre.
  Je ne me rappelais plus quand tout avait commencé : des petits événements anodins en apparence mais significatifs lorsqu’on les mettait les uns derrière les autres... les grattements dans les murs... une silhouette indéfinie un soir au bout du jardin... une sorte de murmure qui vous réveille en pleine nuit...

  On avait bien remarqué, peu de temps avant que nous ne concluions la vente de la baraque, que le prix n’était pas très élevé étant donné sa superficie et sa situation : un quartier résidentiel plutôt chic où les voisins venaient nous voir pour nous payer l’apéro plutôt que pour se plaindre que notre chien les emmerde à japper une fois la nuit tombée. Dès le départ, j’aurais dû me méfier !
  Sylvie, ma femme, avait l’air bien ici. On en avait discuté plusieurs fois, j’avais eu beau lui dire que je n’étais pas toujours très à l’aise dans ces murs, elle faisait la sourde oreille.
  Ça recommençait ! De l’autre côté de cette foutue porte, j’entendis comme un grognement... pas comme celui d’un chien qui a vu le facteur et s’apprête à lui sauter dessus, non... quelque chose de plus guttural... ça me collait des frissons dans le dos, malgré la sueur qui ruisselait le long de ma colonne vertébrale...
  J’avais l’impression de perdre la boule : moi qui suis un rationaliste accompli, avoir vu débouler dans l’escalier cette bestiole – comment appeler autrement cette sorte d’iguane qu’on aurait croisé avec une chauve-souris gigantesque ? – m’avait fait pousser un cri qui avait probablement alerté tout le quartier.
  Sylvie avait rappliqué et je ne lui avais pas laissé le temps d’apercevoir ce truc... je l’avais prise par la main et entraînée à ma suite. Je ne sais plus comment la hache s’était retrouvée sur le palier à l’étage mais je m’en emparai au passage.
  Ma femme tenta à plusieurs reprises de m’extorquer des explications mais je ne pouvais aligner plus de trois ou quatre mots : la panique me coupait le souffle et j’avais l’impression que chaque parole prononcée me faisait l’effet d’un uppercut dans l’estomac.
  Sylvie tenta bien de me calmer à coups de caresses et de baisers mais je n’avais d’yeux que pour la porte du dressing que j’avais verrouillée après nous être réfugiés à l’intérieur.
  Elle se colla contre moi et attendit patiemment que la situation se tasse. Je ne voulais pas en rajouter et m’abstins donc de tout nouveau commentaire. Mais j’étais convaincu qu’il y avait d’autres créatures planquées dans la maison. Le spécimen que j’avais vu au milieu des marches était bien trop gros pour se promener dans les cloisons. Nous étions envahis de saloperies !
  L’ampoule au-dessus de nous manifestait des signes de faiblesse. La lumière grésillait, amplifiant de ce fait l’atmosphère stressante dans laquelle nous nous trouvions.
  Un nouveau bruit, comme une sorte de succion, nous parvint. La porte se mit alors à vibrer, secouée par une force invisible : je serrai un peu plus fort Sylvie contre moi.
  L’ampoule grilla. Nous nous retrouvâmes dans l’obscurité. Seul un léger rai de lumière sous la porte nous parvenait. Preuve supplémentaire que nous n’étions pas encore débarrassés de l’intrus, une ombre venait interrompre par intermittence la ligne lumineuse au ras du sol. La créature ne lâchait pas le morceau et faisait les cent pas dans la chambre, attendant patiemment que nous sortions de notre cachette.

  Je me réveillai en sursaut. Était-ce l’obscurité ou bien la fatigue nerveuse qui avait eu raison de moi ? Difficile à dire. Combien de temps étais-je resté ainsi, déconnecté de la réalité ? Je l’ignorais.
  Revigoré, j’étais désormais décidé à agir, histoire de ne pas perdre complètement la face devant ma femme et de sortir de ce mauvais pas une fois pour toutes.
  Je me redressai, tâtonnant pour attraper le manche de la hache. J’allais ouvrir d’un geste brusque la porte et, si cette saloperie était encore là, je lui planterais mon arme en pleine tête. Rien de plus simple !
  Inspirant puis expirant profondément plusieurs fois de suite, je me rendis alors compte que mes pieds étaient gelés. Le sol était imbibé d’eau et cela avait engourdi mes membres inférieurs.
  Le cœur au bord de l’explosion, je fis un pas en avant, marchant sur quelque chose de mou. Décidé à savoir de quoi il retournait, je ne voyais plus qu’une solution : ouvrir la porte, ce qui me permettrait d’y voir clair et d’affronter cette bestiole... et la vie pourrait reprendre son cours normal !
  Avec des gestes maladroits mais néanmoins rapides, je déverrouillai la porte et l’ouvris : pas de créature à l’horizon. Je fis alors volte-face pour tendre la main à Sylvie et en même temps jeter un œil au sol. La vision qui s’offrit alors à moi dépassa en horreur tout ce qu’il m’avait été donné de voir jusqu’à présent : ce que je pensais être de l’eau par terre était en fait une immense flaque de sang. Le sang de ma femme. Son corps n’était plus qu’un amas de chairs sanguinolentes... dans le noir, j’avais marché sur ce qui restait d’elle... je restai prostré, mes muscles se relâchant. Le seul bruit qui parvint jusqu’à mes oreilles fut celui de la hache qui tomba par terre...

  

 

                                                    

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article