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Univers Parallèles

Des Bd, des dessins rigolos, des textes débiles et plein de n'importe quoi comme s'il en pleuvait, avec des dessinateurs fous fous fous...

Dessin par François Coulaud

Le crayon grésille sur le papier, les yeux s’affairent, tantôt masqués par la feuille, tantôt précis, chirurgicaux, détaillant les contours de son anatomie.
Que fait-elle là ?
Elle se l’est demandé toute la matinée, parfois paniquée, parfois seulement  inquiète.
Charmant, on ne peut dire le contraire, courtois, bien éduqué.
Elle le savait peintre, mystérieux et sensible comme tous ces artistes. Elle avait vu des expositions plutôt intéressantes, la manière pour capter les expressions. Très peu de paysages, beaucoup de personnages, assez rarement masculins.
Il aime peindre les femmes, c’est une évidence. Il les peint bien, captant cet instant sensible, ce moment comme accroché au temps. Une impression d’instant arrêté.
Un artiste qui ira loin mais si jeune encore.
Et elle… plus si jeune, plus jeune du tout même.
Alors pourquoi ?
L’exposition de Charles, le photographe. Du monde, des petits fours, de longs discours puis les bavardages insipides de gens qui se croient aussi intelligents que compétents. Elle n’apprécie ni les photos de Charles, ni ses cocktails inaugurations, ni ses invités, ni sa femme.
Elle a apprécié Charles, il y a longtemps, dans une autre vie, mais c’était une autre vie.
Elle stationnait, hébétée, devant un tirage de deux mètres sur quatre qui semblait représenter une vulve en gros plan pour ce qu’elle en comprenait.
Une voix à son oreille.

‒ Vous voulez poser pour moi ?

On lui aurait placé un fer rouge sur la joue qu’elle n’aurait pas plus sursauté.
Deux yeux bleu-vert, un sourire timide, ses cheveux en botte de foin.

‒ J’aimerais vous avoir comme modèle.

Elle avait trouvé le courage d’une moue désabusée, d’un rictus ironique.

‒ On sait ce que ça veut dire, les peintres et leurs modèles.

‒ Non, non, je vous trouve belle et graphique c’est tout. C’est juste pour vous dessiner puis vous peindre, je vous assure.

Un temps puis…

‒ Habillée, bien entendu. Venez, sortons de ce piège. Je vous paye un café et on en parle.

‒ OK. Parlons-en toujours.

Et voilà.
Elle est venue malgré sa frayeur. On ne la fait pas reculer si facilement, elle en a vu d’autres, et puis, elle est curieuse.
Elle a choisi une robe sage mais esthétique, noire semée de roses, des chaussures rouges à brides. Elle aurait pu prendre un collant, elle a choisi des bas, des jarretelles et puis ces gants de tulle noirs si glamours. Pourquoi là encore ? Elle ne sait pas ou plutôt elle ne veut pas savoir.
Il l’attendait. Ses doigts tremblaient en prenant son manteau, en la faisant entrer dans l’atelier, en lui proposant un thé d’une voix mal assurée, en le versant trop vite dans une tasse trop petite. Cette gaucherie si proche de son émoi lui a plu, l’a rassurée en partie.
Elle s’est assisse sur le fauteuil dans la posture qu'il lui a demandée aussi peu naturelle que possible mais esthétique parait-il. Dès qu’il a pris le crayon, son attitude a changé, il est devenu efficace, précis, ses yeux semblant détourer chaque courbure de son corps, sa main fusant sur le papier.
Il est venu plusieurs fois arranger sa position.

‒ Vos bras plus tendus, posez vos mains là, pourriez-vous dégager un peu votre poitrine s’il vous plait.

Et elle l’a fait, puis un peu plus.
Et remonter la jupe, et tendre la jambe, et prendre cette pose offerte et sensuelle.
Il la dessine, elle adore ses yeux qui courent sur elle. Le temps n’existe plus.
On doit voir le haut de ses bas, elle s’en fiche, elle est bien.
Et si, tout à l’heure, il lui demande de se mettre nue.
Eh bien…
On verra.

Photo : Acid Doll

 

 

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