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Univers Parallèles

Journal web de textes courts, d'infos culturelles ou autres, de dessins rigolos et de n'importe quoi...

Pourquoi pas Lucie Fulgère ? par Alain Imoléon

Mon fauteuil sur le dos, j’allais par monts et par vaux. Je m’asseyais quand bon me semblait et bon me semblait souvent, car je m’assis souvent. Comment ne pas reconnaître avec moi que les raisons de s’asseoir ne manquent pas ? Si vous voulez regarder Sabine Valmendiaud, par exemple, ou Fabrice Gargouilloux du Pas de l’Anglais, ne serait-ce que lui ; vous serez quand même mieux assis. Enfin, si vous préférez rester debout, personne n’en prendra ombrage, mais dans ce cas, cela m’étonnerait fort que vous puissiez voir Sabine Valmendiaud. Pourquoi ? Parce que toutes les fois que je l’ai vue, que je la vois encore, je suis assis. Je n’ai pas de don particulier, si ce n’est que je vois à travers les murs, mais pour voir Sabine, même à travers les murs, je suis assis sur mon fauteuil portable ; je le pose dans la cour de la ferme de feu le Père Valmendiaud et je regarde dans sa cuisine la Sabine en sabot faire sauter des crêpes, ou dans sa salle de bain, sans ses sabots, ce qui ne change pas grand-chose, dans sa chambre aussi, un soir de pleine lune, cependant Sabine Valmendiaud, avec ou sans sabot, ne m’intéresse pas. Elle se donne des grands airs parce qu’elle sait que je la vois à travers les murs faire sauter des crêpes en sabots. Si elle croit que je vais me laisser séduire par une si banale mise en scène. Elle sait que je suis marié avec D., fonctionnaire d’état, puisqu’elle a été dans sa classe, mais ça ne l’arrête pas. Les Valmendiaud, du côté des Plantaugrind ont cette réputation de filles faciles ; elles savent y faire avec leurs sabots et leurs crêpes. Mais moi, comme je ne suis pas crêpes, je les ai toujours vues venir les filles Valmendiaud avec leurs gros yeux bleus d’Auvergne. D’ailleurs, elle porterait des escarpins en crocodile, la Sabine, je n’y toucherais pas davantage, à ses crêpes. Et pourtant, je n’éprouve pas d’animosité particulière envers l’animal, surtout sous forme d’escarpins, non, c’est la Valmendiaud qui m’agace.

D. me dit : « Pourquoi vas-tu t’asseoir dans la cour de la ferme Valmendiaud, si Sabine t’agace ? ». Je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais pas. J’ai eu beau chercher, j’ai beau chercher encore, je ne sais pas ce qui me pousse à traverser les guérets avec mon fauteuil, à grimper des monticules boisés, à traverser des clairières bourdonnantes, à emprunter des sentiers parfois boueux, pour arriver épuisé dans cette cour en plein vent, entouré de poules et de canards, pour regarder à travers les murs de sa cuisine une jeune femme de trente ans uniquement vêtue de ses seuls sabots faire sauter des crêpes. Pourquoi ?  Pourquoi elle ?

Alors qu’il y a Lucie Fulgère !

 

 

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