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Univers Parallèles

Des Bd, des dessins rigolos, des textes débiles et plein de n'importe quoi comme s'il en pleuvait, avec des dessinateurs fous fous fous...

SERIEUX COUP DE GRIFFE AU TRIBUNAL par William Etiève

     Dans un calendrier judiciaire de province se profile parfois une période maussade. Une manière de long hiver où s’accumulent les affaires de même acabit. Au point que si l’on ne s’y arrêtait pas un instant elles pourraient être tout à fait négligeables. Le président Chapelain fraîchement nommé au tribunal correctionnel de la sous-préfecture d’Issoublâtre n’a eu que peu de temps pour s’approcher du greffier et sentir le pouls des affaires.

                « Comme ailleurs les ruraux boivent et les jeunes se droguent. Faut de l’argent pour ces vices-là, et la peine n’est finalement pas plus chère» avait déclaré Josette Cornu la cerbère des pas perdus à qui pourtant le Président passant-là ne demandait rien. À Issoublâtre les juges et les policiers ne sont que de passages. Pas le temps de se faire un réseau ? Pas l’envie… 

                « La pointe du tournevis a littéralement percuté l’orbite. Avec un coup sec de marteau ou pour voyager plus léger une vieille pierre à proximité ça ne lui a pas été compliqué. La place en est pleine, elle est même en travaux depuis février. Mais notez que l’incision est fine». Plus scolaire qu’il ne l’aurait souhaité faire à l’adresse du Président le Commandant de gendarmerie Ogier rendait compte de ses observations et expliquait ainsi pourquoi aucune arme du crime ne se trouvait sous scellé. Dans le box l’accusé ne bronche pas, certainement plongé dans des pensées plus spirituelles… 

                Sur les bancs à jamais grinçants, l’assistance grimace. Selon l’instruction, non content d’avoir tranché l’oreille de Marie l’accusé envisageait d’en faire une torche humaine quand il fut dérangé. L’affaire devient moins routinière, mais reste correctionnelle. 

                Les mères des accusés sont toujours attendues avec beaucoup d’impatience. La Gouline ne s’est pas présentée à la Cour sous ce sobriquet. Réalités villageoises étant, il nous semble néanmoins plus aisé d’identifier ainsi Soline Labarre née Nogaret. L’ouvrière expliqua au Procureur que son fils était bon et simple (non sans pouvoir appliquer à elle-même ces euphémismes), qu’il croisait Marie chaque matin et soir sur la place, mais qu’à tous les petits mots glissés en murmure cette dernière ne répondait en rien. « D’ailleurs tout le monde le voyait bien faire»

                L’accusation portée par Maître Mabile De Belleval sur le même registre que le réquisitoire du Procureur forçat leur confrère François Arouet pour la Défense d’anticiper une périlleuse plaidoirie : « Au doux temps de nos monarchies absolues, le blasphème était forgé dans le politique. L’insulte à Dieu valait au roi. Désormais, elle devient surtout une offense aux croyants. Nous avons là un crime sans victime, Dieu n’est pas là pour se dire vexé ou porter plainte. La modernité est d’ailleurs que nous avons avec ces croyants, des victimes qui se choisissent comme offensées. Donc il s’agit-là d’un contournement juridique». 

                Le Président Chatelain qui n’y tenait pas au départ se résout à faire circuler les photos. Globe à vif, la première photo montre l’œil percuté au burin. Un peu flou le cliché suivant détaille les cloques consécutives à la projection montante de carburants des pieds aux jambes. L’oreille déchiquetée trahit le blanc sous la patine. 

                Il ne pourrait témoigner ni en lui-même ni en fonction, mais, au fond de la salle d’audience, le Père Andrea portait le visage boursoufflé d’une colère toute satanique. Au dehors, borgne, sourde, à demi-calcinée la vierge trône toujours au cœur de la place d’Issoublâtre.

 

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