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Univers Parallèles

Journal web de textes courts, d'infos culturelles ou autres, de dessins rigolos et de n'importe quoi...

Un couple par François Coulaud

Il mange son café liégeois à petits coups de cuillère rapides, précis, délicats. Penché en avant, concentré, il laisse paraître par intermittence le bout d’une langue de chat lapant une assiette de lait.
Plaisir.

Elle, qui a pris un cornet plus sage, le regarde avec tendresse.
Ils sont tous deux assis l’un contre l’autre sur un banc de la place Gordaine dans le quartier ancien de Bourges.
Terrasses, touristes, citadins en maraude, personne ne les remarque, ne s’y intéresse.
Un rayon de soleil glisse par-dessus le toit de la maison à colombage, se niche dans le feuillage de l’arbre, ricoche de feuille en feuille, avant de se poser sur sa joue à elle précisément. Juste assez chaud pour être agréable.
Il racle le fond de son pot longuement du plat de la spatule, la lèche plusieurs fois avant de la laisser retomber.
Déjà fini ?
Il reste un moment sans bouger à fixer le tronc devant lui.
Elle passe un bras dans son dos, lui caresse la joue de ses doigts fins.
Il sourit, son visage s’illumine. Il se tourne vers elle, passe aussi un bras derrière ses épaules, la serre tendrement.
Ils se regardent. Plus rien ne bouge autour d’eux, ils sont seuls.
Ils sont bien.
Bien de cette promenade dans cette fin d’été.
Bien de cette glace qu’ils se sont accordée.
Bien d’être ensemble.
Un long moment passe sans qu’ils se quittent des pupilles.
Puis leurs regards se détachent.
Il est le premier à se lever, difficilement, en se tenant le dos.
Il l’aide de la main dans l’effort qu’elle fait à son tour.
Il la prend par la taille, elle rit.
Il lui dit quelque chose dans l’oreille, elle rit encore, ses yeux brillent.
Puis il l’entraîne doucement.
Ils passent devant moi à tout petits pas.
Lents.
Lui, cheveux blancs, longs, visage marqué de profondes et belles rides, corps cassé de vieillesse dans un complet gris.
Elle, blonde, fragile, visage émacié, cou fin, plissé, constellé de taches brunes, une robe blanche fluide qui s’arrête au-dessus du genou dévoilant deux chevilles encore belles.
Sa tête sur son épaule.
J’accompagne de l’œil les deux silhouettes qui s’éloignent dans la rue piétonne.
Deux vieillards qui s’aiment.
Deux amants.
Heureux.

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