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Univers Parallèles

Des Bd, des dessins rigolos, des textes débiles et plein de n'importe quoi comme s'il en pleuvait, avec des dessinateurs fous fous fous...

Super-Héros par David Verdier

Les super-héros, ça n’existe pas.
   J’en vois pas mal d’ici commencer à ricaner. Et pourtant, les évidences ne sont pas les mêmes pour tout le monde.
  J’habite dans une petite maison qui aurait besoin d’un coup de rafraîchissement. Mais peu importe, l’endroit me plaît, j’y suis tranquille et mes voisins les plus proches sont de l’autre côté de la rue, en face de moi. Autant dire qu’ils ne m’emmerdent pas. Tellement pas que j’ai même parfois droit à un charmant spectacle : un jeune couple a emménagé il y a quelques mois et depuis, je les ai vus en train de baiser dans leur chambre. Bon, d’accord, c’est l’été, il fait une chaleur à crever... du coup, volets et fenêtres grands ouverts, une petite veilleuse allumée à côté du lit. Autant ils sont discrets d’un point de vue sonore (s’ils jouissent, c’est dans le plus grand silence), autant j’en prends plein les mirettes. La fille est plutôt mignonne, pas très épaisse mais avec une bonne paire de seins et des cheveux longs qu’elle secoue dans tous les sens quand elle chevauche son partenaire. Non, franchement sympa, y’a pas à dire.
  Moi, les super-héros, ça me fait un peu chier. Comme tout le monde, je n’ai rien contre un petit film de temps en temps, je ne lis pas leurs aventures en BD, c’est un support qui ne m’intéresse pas. Aujourd’hui, qu’on soit adepte ou pas, on en bouffe à toutes les sauces et ça me gonfle. Mais ce n’est a priori pas le cas de mon jeune voisin.
  En plus d’une petite amie bandante, il paraît donc avoir une passion pour les super-héros. Une figurine Spider-Man trône sur la table de nuit et à plusieurs reprises, il me semble bien avoir reconnu en guise d’alarme sur son portable le thème d’un des films mettant en scène toute la clique des Avengers. Sans compter les tee-shirts qu’il porte, avec la tronche de l’un ou l’autre des personnages emblématiques de cette obsession collective.
  L’autre soir, donc, alors que je m’apprêtais à me coucher, finissant tranquillement ma clope, accoudé à la rambarde de ma fenêtre ouverte, je vis une silhouette qui déboulait sur le toit de la maison de mon voisin. Y regardant à deux fois, je dus me rendre à l’évidence : c’était lui, mon voisin, habillé d’un costume pour le moins coloré, avec du rouge, du bleu et du jaune, une cape flottant légèrement derrière lui (il n’y avait pas un pet de vent).
  Je m’attendais à voir débouler sa copine, je n’aurais pas été contre la reluquer vêtue en Wonder Woman ! Sauf qu’elle était en fait en train de pioncer dans le lit.
  J’observai donc ce zouave qui marchait d’un pas assuré sur le toit en pente. Arrivé au bord, à quelques mètres seulement de moi, il prit une pose digne d’une affiche de film, le torse bombé, les mains collées sur les hanches, observant le ciel.

  — Il s’y croit vraiment, ce con, murmurai-je en souriant, tout en écrasant ma cigarette sur le rebord de la fenêtre.

  Je ne croyais pas si bien dire : il se mit à inspirer fort, je voyais son corps gonfler et dégonfler au rythme de sa respiration profonde.
  Et puis, sans prévenir, il s’élança. Faisant un bond en avant, se retrouvant en lévitation au-dessus du vide, il eut le temps de prendre une position à la Superman, comme s’il allait s’envoler dans les airs. Sauf que non.

  Il s’écrasa la gueule sur le bitume dans la rue avec un bruit mat : son crâne broyé déversa tout ce qu’il contenait de matières dégueulasses tandis qu’une mare de sang s’étalait autour du corps.
  Mon voisin avait à peine eu le temps d’en faire l’amer constat : les super-héros, ça n’existe pas.
  La connerie, elle, est partout.

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