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Univers Parallèles

Des Bd, des dessins rigolos, des textes débiles et plein de n'importe quoi comme s'il en pleuvait, avec des dessinateurs fous fous fous...

Le sac par François Coulaud

 

La plage de Chaillac est vide. Il fait un temps d’hiver, soleil voilé, ciel bleu parcouru de haillons d’ivoire.
Froid.
Il aime ce temps-là.
Il s’assied sur le banc juste au bout de l’aire des jeux d’enfants. Un vent glacial siffle sur le portique de métal rouillé qui a remplacé la cage à poules de son enfance, fait grincer les cordes de la balançoire, déplace un vantail du toboggan puis le remet en place d’un claquement sec.
Il aime ces bruits-là.
Il resserre le col de son manteau de fourrure, se cale mieux contre le dossier et l’aperçoit.
Il y a un sac.
A l’autre bout du siège de bois, posé négligemment, un sac de femme en cuir blanc… entrouvert.
Comme abandonné.
Désirable.
Il jette un regard alentours, cherchant la silhouette éventuelle, le couple, quelqu’un.
Personne.
Le lac ondule en lames grises scintillantes fuyant sous la bise, les arbres grésillent de froidure, laissant glisser au sol leurs dernières feuilles en squelettes noirâtres, desséchés.
Une pluie infime dessine sur la surface de l’eau de courts ronds frisés, si fine qu’on ne la voit pas, si ténue qu’on la perçoit simplement sur la peau en pinçons de givre.
Il aime cette pluie-là.
Il s’approche, observe l’intérieur du sac par l’ouverture béante, la dégage délicatement d’un doigt…
Pour mieux voir.
Un mouchoir en papier, un rouge à lèvres, un bleu à paupières, un peigne, un miroir, un stylo, un porte-monnaie qui fait porte-carte, un étui à lunettes, un étui à chéquier, un flacon de parfum translucide, un téléphone portable dans un étui rose, un livre…
Il approche la main, effleure le mouchoir, caresse l’étui à lunettes, enlace le flacon de parfum.
Il la ressort vite.
Il porte sa main à son nez, renifle longuement.
Il aime cette odeur-là.
Il regarde encore avant d’oser autre chose. Ce sac l’impressionne de toute cette vie de femme qu’il renferme.
Il attrape le livre, l’extirpe d’un geste lent, puis l’observe.
La couverture est d’une douceur immaculée, sans titre, sans nom d’auteur, un océan de glace.
Il l’ouvre tendrement.
Le vent s’éteint et tous les bruits avec lui. Une neige venue de nulle part commence à envahir l’air de lents flocons laineux avant de se poser en linceul silencieux sur la terre qui ne bouge pas.
Il aime cette neige-là.
Il commence à lire…

« La plage de Chaillac est vide. Il fait un temps d’hiver, soleil voilé, ciel bleu parcouru de haillons d’ivoire.
Froid.
Il aime ce temps-là.»

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