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Univers Parallèles

Journal web de textes courts, d'infos culturelles ou autres, de dessins rigolos et de n'importe quoi...

L'adoration des mages par Alain Imoléon

Pour me distraire de la neige, écoutant, musique de saison, Le clavier bien tempéré, je me suis attaqué à L’adoration des mages. De Bruegel. Un petit puzzle en bois d’environ quarante centimètres sur trente, de trois cents pièces. C’est peu, mais tenez-vous bien, aucune des pièces n’est identique à une autre. Toutes sont découpées selon les motifs, les personnages. Même les bords, vous rendez-vous compte, peuvent ne pas avoir de côté plat ; les angles, être une heureuse combinaison de deux pièces qu’on n’aurait pas soupçonnées à première vue angulaires. Bref, une réelle jouissance cérébrale.

Un puzzle en bois, j’insiste. J’ai déjà fait le tour. On pourrait se réjouir qu’on n’ira pas au-delà, qu’on est confiné dans ce rectangle aux bords neigeux, glauques à droite, et en haut, touchés par la cime des arbres nus, il n’empêche, de se dire qu’il n’y a plus que l’intérieur à assembler n’entraîne pas l’allégresse qu’on aurait pu espérer : on sait le temps qu’on a déjà mis à faire le pourtour.

Si j’avais un seul reproche à faire aux puzzles : je dirais que c’est quand même chiant à faire ! Néanmoins cette seule réserve suffit à beaucoup de gens pour se détourner d’un jeu par ailleurs formateur. Personnellement, je ne connais pas un meilleur moyen pour distinguer cinq cents nuances de bleu d’un ciel d’été, ou de blanc d’une plaine enneigée, ou même de noir : un atout culturel non négligeable.

Avec Bruegel, c’est différent. Je ne les ai pas encore comptés, mais il n’est pas rare, dans les tableaux de mon peintre préféré, qu’on soit en présence d’une petite centaine de personnages aux visages assez semblables dont certains sont de simples silhouettes à l’horizon.

J’ai beau être physionomiste, vous allez rire, j’ai été poser le minuscule bonhomme marron qu’on voit de dos au loin à gauche devant le portail couvert de neige à la place du minuscule bonhomme marron qu’on voit de dos au loin derrière l’arbre de même couleur  Quelle idée aussi de couper les bonhommes en  deux ! À cause de cela, j’ai confondu le bas du dos d’un bonhomme marron foncé avec la marmite à droite sous la tente de fortune, habilement découpée, je dois le reconnaître, pour la dissocier des flammes marron clair. En revanche, sans pouvoir me l’expliquer, je ne me suis pas fait avoir avec les souches identiques des deux cheminées marron ; du moins, je le pense, le puzzle étant encore loin d’être terminé. Il peut bien sûr me réserver d’autres surprises tout aussi excitantes. D’ici que mes morceaux de cheminées marron soient des morceaux de chevaux marron. Et que les chevaux soient des ânes, des mulets ? puisqu’il y en a. Force est de reconnaître également que tous ces flocons de neige ne facilitent pas les choses ; à cause d’eux, j’ai mélangé deux genoux… blancs comme neige.

Je ne veux pas souligner la difficulté d’un puzzle de trois cents pièces et risquer de m’exposer à des sarcasmes. Pourtant, je ne le répéterai jamais assez : mon puzzle à moi est en bois. C’est dire que les découpes sont dues à l’humeur imprévisible de Michèle Wilson (créatrice de puzzles) ou de ses descendantes. Par conséquent, aucune pièce n’est semblable à une autre. Vous me direz, on s’en bat l’œil ; ce qui compte, c’est de savoir regarder ce qu’il y a sur chacune des pièces. Oui, mais on dirait que la découpeuse a pris un malin plaisir à découper chaque pièce de manière à ce qu’elle devienne énigmatique. De surcroît, les pièces ne s’emboîtent pas, elles se juxtaposent. De là, un ensemble toujours instable et délicat à manipuler, même pour un non-parkinsonien. Bref, il ressort de tout cela un certain agacement qui vient se rajouter à la présence de la neige dans mon jardin. J’aurais dû prendre un puzzle printanier à faire au mois de mai au lieu, en plein hiver, qui n’est pas ma saison, de ce paysage hivernal cher à Bruegel.

Un dernier mot encore pour montrer que mon honnêteté intellectuelle est au-dessus de tout soupçon. J’ai vu sur le Net que lors des championnats de puzzle, les meilleurs participants mettaient 45 minutes environ pour composer un puzzle de cinq cents pièces. Oui, mais ce ne sont pas des puzzles en bois,

Je vais sans doute me remettre à la lecture.

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