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Univers Parallèles

Des Bd, des dessins rigolos, des textes débiles et plein de n'importe quoi comme s'il en pleuvait, avec des dessinateurs fous fous fous...

Zombies par David Verdier

  La file d’attente était invariablement la même à cette heure, le dimanche. Tout le monde entrait dans la boulangerie au même moment, alors qu’elle ouvrait à sept heures et ne fermait qu’à treize heures. De longs intervalles creux alternaient avec des créneaux où les clients s’alignaient jusque sur le trottoir. Et c’était toujours les mêmes qui gueulaient parce qu’il y avait de l’attente.
  Ce jour-là, j’étais d’humeur maussade, sans raison particulière. La veille, dans la soirée, j’avais bu un verre avec des amis et nous avions refait le monde, comme souvent. Ma nuit avait ensuite été agitée par des rêves dont je ne me rappelais pas grand-chose, là encore, comme souvent.
  Pendant l’attente pour acheter ma malheureuse demi-baguette, je fus plus attentif qu’à l’accoutumée aux visages qui m’entouraient et à leur teint globalement blafard. Une personne sur deux avait le regard rivé sur son portable. Si chaque doigt en contact avec les écrans avait émis un son, on aurait eu droit à un véritable concert dans la boulangerie.
  Personne ne regardait personne, la boulangère servait les clients les uns après les autres avec une mine blasée. Peut-être les enviait-elle de pouvoir profiter de leur téléphone pendant qu’elle était coincée derrière son comptoir. 
  Je ne pouvais m’empêcher de faire un lien entre l’engouement que l’on constatait ces dernières années pour les zombies à travers les fictions en tout genre et le caractère amorphe des gens. Ces derniers s’identifiaient-ils à ces créatures dénuées de cerveau, avançant lentement et toutes dans la même direction ?
  J’avais même une théorie qui me tenait depuis un moment : et si les portables transformaient progressivement la population en zombies ?
  Après tout, même dans les histoires dont on nous abreuvait, les créateurs n’expliquaient pas toujours les origines de l’épidémie. Pourquoi ne pas imaginer des ondes émises par les téléphones dans le but d’anéantir les neurones des individus ? Ça aurait le mérite d’expliquer la connerie exponentielle ambiante. J’avais ces idées en tête et les avais partagées avec mes camarades pendant notre discussion de la veille. Ils m’avaient regardé en souriant, peu enclins à adhérer à des spéculations de ce genre. Même s’ils n’étaient pas en permanence dessus, ils avaient eux aussi cette tendance à regarder leur portable plus que de raison, histoire de vérifier qu’un message de la plus haute importance n’était pas arrivé...
  De retour chez moi, je soupirai en me vautrant dans mon fauteuil. Ma lecture du moment m’attendait sur la petite table du salon, « Le Grand Dieu Pan », d’Arthur Machen. Le texte n’était pourtant pas très long mais j’avais cette sensation pénible de ne pas avancer. Jamais le temps de rien...

  Je saisis mon portable. Après avoir machinalement regardé si je n’avais pas de message, je me connectai à Internet. Cette histoire d’épidémie me taraudait...
  Je laissai tomber mon téléphone trois heures plus tard. Je n’avais pas vu le temps passer et pire, je n’étais arrivé à rien. Je me sentais indolent, les yeux me piquaient, je n’avais envie de rien si ce n’est de m’assoupir.
  Tandis que je sombrais lentement, avachi sur mon canapé, je conclus que j’étais moi aussi progressivement victime de l’épidémie. J’en présentais de plus en plus tous les symptômes... si même les gens conscients du problème comme moi se faisaient prendre au piège, alors le monde courrait inexorablement à sa perte... 
  Vous ne croyez pas ?    

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