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Univers Parallèles

Des Bd, des dessins rigolos, des textes débiles et plein de n'importe quoi comme s'il en pleuvait, avec des dessinateurs fous fous fous...

La trotteuse

‒ Tu ne devineras jamais ce qui m’est arrivé !

‒ Te connaissant, je peux tout au moins essayer. Tu as croisé une jolie fille.

‒ Une jolie femme, je te prie.

‒ En effet, excuse-moi. Vu la saison, elle devait porter une jupe souple, peut-être en cuir, tu aimes le cuir.

‒ Facile !

‒ J’admets. Compliquons un rien. Elle avait de longues jambes. Tu ne peux envisager une femme si elle ne porte pas une paire de fuseaux superbes et galbés.

‒ Euh ! Tu crois ?

‒ Pourrais-tu regarder  une femme petite et un peu ronde ?

‒ Au secours !

‒ Tu vois. Continuons la séance de divination. Elle est passée devant la terrasse du café où tu buvais une bière.

‒ Comment le sais-tu ?

‒ Tu ne bois que des bières et toujours dans des cafés devant lesquels passent de jolies femmes.

‒ Oh ? Pas « toujours » ?

‒ La plupart du temps. Alors, tu t’es levé façon félin des Carpates, ta bière était déjà payée évidemment.

‒ Évidemment.

‒ Tu sais t’organiser, c’est un fait.  Tu as tenté de la suivre, mais voilà, il y avait les escaliers.

‒ Comment peux-tu savoir qu’il y avait des escaliers ?

‒ Simple déduction. Tu as trois cafés habituels, Celui des boulevards, celui de Saint Germain des Prés et celui de Montmartre.  Celui des boulevards, tu l’évites car il y a Sophie qui t’y cherche, celui de Saint Germain, c’est quand tu es argenté, tu ne l’es pas actuellement. Reste celui de Montmartre. Confirmé par le fait que tu étais à l’heure à notre rendez-vous… enfin presque.

‒ Presque ?

‒ Cinq minutes huit secondes de retard, je sais être précis.

‒ Ce n’est rien cinq minutes !

‒ Et huit secondes. Donc tu la suis dans les escaliers. Mais voilà, elle est jeune, efficace, et puis, les longues jambes, ça aide à grimper vite. Alors, à la première volée de marche, tu souffles, à la seconde tu t’épuises, à la troisième tu t’es arrêté le cœur au bord des lèvres.

‒ J’ai cru que j’allais crever.

‒ Comme à chaque fois. Tu vois, facile de trouver ce que « je ne devinerais jamais ».

‒ Tu me connais trop bien.

‒ Tu veux que, maintenant, je t’épate vraiment ?

‒ Essaie toujours.

‒ La femme que tu as suivie était brune, de beaux yeux noirs, et, étonnamment pour la saison, elle portait des bas, de vrais bas couture avec des jarretelles.

‒ D’accord, là, tu m’épates. Comment le sais-tu ?

‒ J’étais en avance, c’est pourquoi je venais te rejoindre dans ton café habituel où je savais te retrouver. Et voilà qu’en débouchant en haut de la dernière volée de marches, je vois arriver cette femme, à peine essoufflée. Elle me sourit, je lui souris. Je lui dis deux mots, elle me répond. Elle me dit deux mots, nous engageons la conversation. Comme j’ai le temps, je l’invite à boire un verre. Elle accepte et là, elle me raconte en riant qu’elle vient de faire courir à perdre haleine un petit gros court sur pattes qui voulait lui faire du gringue.

‒ Charmante !

‒ Tout à fait. Veux-tu que je te la présente ?

‒ Non, pas cette fois.

‒ Tant pis. Je la retrouve tout à l’heure ce qui fait que je ne vais pas m’attarder. Je te raconterai la suite, s’il y a une suite, demain même heure plus cinq minutes et huit secondes. Comme d’hab !

‒ J’en bous d’impatience.

‒ Veux-tu entendre, pour finir, la morale que j’ai imaginée pour cette histoire ?

‒ Au point où j’en suis, dis toujours…

‒ Dans la vie, il y a deux sortes de types, ceux qui courent après les femmes dans les escaliers et ceux qui les attendent en haut.

Modèle : Lescarpin
Photographe : Stéphane Perruchon

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