Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Univers Parallèles

Journal web de textes courts, d'infos culturelles ou autres, de dessins rigolos et de n'importe quoi...

L'envol du papillon noir par William Etiève

Avec la sagesse des fleurs, elle laissait le vent léger lui contourner le visage et enfin le ciel s’empourpra. Des flèches de lumière traversèrent le feuillage des arbres à laque, s’attardèrent un moment sur les quatre pans aigus de la toiture et léchèrent enfin le seuil de sa noka. La maison de bois au pignon surélevé appartenait depuis toujours à sa famille, dans une campagne modeste.

Meiji, était encore une femme jeune, luttant parfois pour préserver son visage des effets du soleil pendant qu’aux champs elle s’occupait seule de mille métiers, et prenant appui contre le mur, elle donnait ici et là des coups de balai. Tôt le matin elle pratiquait une saignée dans ces arbres de plus de vingt mètres d’où coule une sève toxique dont elle se servait ensuite comme vernis sur des meubles qu’elle assemblait, plus par habitude que par succès de commerce. La veuve assise sur un petit banc blanc laissait ensuite infuser une théière de kukicha. Marqué par les ans, son éventail lui rendait encore plein répit.

Son fils Ishiro, était parti en 1584, il y a presque trois ans, recruté de force comme fantassin d’élite et il sera dit que l’absence de message est un fait accepté, mais depuis le riz poussa moins fervent dans le lopin de Meiji. Là encore, elle aurait espéré son fils marchand d’étoffes ou peut-être aurait-il pris la mer. Ce n’était jamais sans un profond battement de cœur que Meiji voyait qui que ce fût emprunter sa petite allée de pivoines. Cette fois, son émotion fut plus violente encore. Protégé du plastron jusqu’aux cuisses, l’homme au kabuto marchait lentement, sa fierté enrôlée de fer laqué, de cuir et de corde.

 Ishiro, mais était-ce l’esquisse d’un sourire discret, fit glisser verticalement et avec cérémonie le cylindre de bambou qu’il tenait fièrement en main depuis des jours certainement. La tête gisait là, sans nez, mais en moustache. Le vaillant samouraï à la chevelure soignée d’encens, si loyal habituellement ne l’avait point encore exposé à son général pour qu’il atteste le décès et reconnaisse l’ennemi célèbre. Meiji fit coulisser la cloison de papier, enfin Ishiro découvrit la pièce interdite toute sa jeunesse qui doublait la surface de la petite maison. Sur une succession de nattes précieuses était posé le costume samouraï de son père, comme immobile depuis vingt années. Un grand papillon noir échappa à la pièce.

Souvent, les nuages s’effilochent autour des arbres à vernis comme une pelote de tristesse, aujourd’hui donc l’honneur paternel était rétablit. Il y aurait des fiançailles... voudrait penser Meiji…

Mais Okyo, fille de samouraï, jeune sœur d’Ishiro venait le trimestre dernier de se vendre elle-même comme geisha pour racheter l’honneur de sa famille contre cinq cents pièces d’argent.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article