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Univers Parallèles

Journal web de textes courts, d'infos culturelles ou autres, de dessins rigolos et de n'importe quoi...

Alphonse.

Il s’appelle… Alphonse.
Il en veut à ses parents de lui avoir balancé ce prénom au visage à lui qui n’a pas trente ans.

Alphonse.
Se rendaient-ils compte, ces inconscients, du fardeau qu’il traînerait toute sa vie, de ce cadeau empoisonné, de cette dérision à tout jamais posée sur sa personne.
Non, bien sûr ! Ils l’ont nommé ainsi parce qu’Alphonse, le grand oncle, un type formidable, est mort deux jours avant sa naissance.
Prédestination.
Un prénom de vieux, des surnoms à n’en plus finir : Fonce, Alphonse ! Ça va Fonfonsse ! Alors, on s’défonce l’Alphonse !
Primaire, secondaire, puis le boulot.
Et bien sûr, il a le physique qui va avec. Une peau rose, rouge au moindre rayon de soleil, des yeux bleu très clair, deux mentons, bientôt trois, un bide flasque, des bras mous, des jambes-poteaux. Un corps graisseux qu’il évite dans le miroir.
Il a essayé le sport, les régimes alimentaires, en pure perte.
C’est le prénom qui veut ça.
Alors il fait avec, s’en accommode, en attendant de se suicider un jour, peut-être, de vie lasse.
Mais un autre jour…
Car ce lundi, il a rendez-vous avec la femme de sa vie à la terrasse du café « Le parisien ».
A huit heures précisément.
Et aujourd’hui, pour que tout soit beau, la ville s’inonde du premier soleil de mai.
Alphonse a choisi sa table préférée juste au virage. Il peut ainsi envisager le trottoir ombragé par où elle viendra et voir jusqu’au bout de la place de l’autre côté, jusqu’à la grande tour-étron plantée en plein centre de Châteauroux.
Il a choisi sa bière. Elle est fraîche et court sous la langue.
Il est arrivé à sept heures trente pour profiter de l’attente, faire monter le plaisir de l’espérer. Comment sera-t-elle habillée, coiffée, quel parfum ?
La voilà !
Du plus loin qu’il peut la voir, il la reconnaît.
Elle marche de son pas régulier dont il sait le battement par cœur. Il l’entend sonner avant même de le percevoir.
Elle porte son corsage rouge et cette jupe crayon à carreaux écossais qu'il adore.
Elle passe devant lui, s’arrête un instant au passage-piéton. Le tissu dessine délicatement sa silhouette parfaite.
Elle traverse, s’éloigne vers l’église, vers la gare, puis disparait derrière le mur massif.
Flotte sur l’air quelques secondes la subtile nuance de son parfum du jour, « Rive Gauche », celui qu’il préfère.
Il fixe longtemps le point où elle a disparu jusqu’à ce que même l’ombre de son souvenir se soit évanouie.
Alors, lentement, il finit sa bière, se lève, regarde le ciel bleu parsemé de deux trois nuages isolés.
Ce sera une belle journée.
Il reviendra lundi.

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