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Univers Parallèles

Journal web de textes courts, d'infos culturelles ou autres, de dessins rigolos et de n'importe quoi...

Histoire en rouge par François Coulaud

‒ Je me baladais sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu, quand je la vois arriver puis s'assoir en terrasse du café… tu sais… sur la place de la mairie… mais pas celui de la poste ni celui de la place…

‒ Le café de l’hôtel de ville quoi.

‒ C’est ça. Mon vieux, elle était superbe. Une brune comme j’aime avec une robe rouge géniale, longue, ajustée, et des chaussures, mon vieux, des chaussures rouges assorties exactement à la couleur de la robe, avec des talons mais alors là des talons... Ah oui, et aussi un chapeau très... comment on dit déjà... Vintage, c'est ça Vintage. Fa-bu-leu-se !

‒ Ouais ! Comme la blonde de la semaine dernière ou la rousse de la semaine d’avant.

‒ Non, pas du tout, rien à voir, dix fois, cent fois, mille fois, mieux. Tu me connais je ne suis pas du genre à exagérer.

‒ Tu parles.

‒ Alors moi, finaud, je m’installe à la table juste à côté, l’air de rien, et je fais celui qui ne l’a même pas remarqué. Je fais très bien celui qui ne remarque pas.

‒ Ouais. Comme une poule qui a trouvé une cuillère.

‒ Je ne vois pas le rapport. Bon le serveur arrive, alors moi, très chic, l’air de ne pas y toucher, je lui dis mais suffisamment fort pour qu’elle entende : « Servez-moi la même chose que ma voisine, la superbe brune à côté de moi ». Elle avait une boisson rouge à bulles, genre diabolo grenadine ou Monaco, je ne sais pas. Il part et elle, rien… Comme si elle n’avait pas entendu.

‒ Aïe, ça se présentait pas trop bien.

‒ C’est ce que je me suis dit. D’autant qu’elle arrondit sa main gantée, de rouge bien entendu, et jette un œil à une montre en or genre qui vaut des milles et des cents.

‒ Genre qu’elle attend quelqu’un et que ce n’est pas toi, genre que tu n’en as de toute façon pas les moyens.

‒ Euh oui ! Mais soyons fou que je me dis, je compte jusqu’à trois et je tente une de mes approches subtiles. Tu me connais.

‒ Hélas oui.

‒ Je commence à compter : un, deux, deux et demi, deux trois quart…

‒ Impressionné ?

‒ Carrément. Ceci dit, j’arrive à « trois », j’envisage de me tourner vers elle et à cet instant…

‒ A cet instant ?

‒ Une énorme, une superbe bagnole, genre Chevrolet ou truc dans le genre avec des chromes partout, s’arrête au bord du trottoir Il en descend un type classe, beau, la quarantaine assumée, genre Richard Gere avec les cheveux juste poivre et sel comme il faut. Il se penche vers la belle, lui roule un baiser comme dans les films, la prend par le bras, lui ouvre la portière et vlam les voilà partis vers d’autres aventures.

‒ Vlam ! C’est le cas de le dire.

‒ Ouais ! Mais bon, la bête en a vu d’autres. Alors je fais contre mauvaise fortune bon cœur, bois un coup histoire de faire passer la déception et…

‒ Et ?

‒ Du vitriol mon vieux. Je ne sais pas ce que c’était que la boisson qu’elle buvait mais dans mon verre j’avais l’impression de vinaigre mêlé de poivron assorti d’un piment à t’enflammer la trachée jusqu’au bout du fond du derrière. Je hurle, je peste, je crache cette infamie, et j’entends un écho.

‒ Il n’y a jamais eu d’écho sur la place de la mairie ?

‒ C’est ce que je me dis, d’autant qu’il y a trois échos. Je me tourne et je croise le regard de trois types, trois crétins, tenant en main la même mixture que moi et rouges comme des pivoines. On se regarde, ébahis, un gloussement de débile part derrière nous.

‒ Tiens, tiens !

‒ Le serveur qui se marre en nous fixant d’un regard haineux.

‒ Jalousie ?

‒ Possible. Alors, logiquement, on fait ce que font tous les crétins du monde dans cette situation, on lui saute dessus. Cela s’est terminé en belle bagarre mais il était fort, ce salaud, c’est pour ça que tu me vois ce coquard imposant.

‒ Très réussi. Et tout ça pour une femme ?

‒ Oui mais ça s’est bien terminé. Après s’être battu comme il sied à des gens d’honneur, on s’est réconciliés autour d’un verre de vin… blanc, et au final, on est devenu copains. Et tu sais quoi ?

‒ Non.

‒ J’ai même trouvé une morale à tout ça.

‒ Je crains le pire. Dis toujours.

‒ Dans la vie comme au spectacle les femmes et la musique ça adoucit les mœurs.

 

Photo : Nina de Lianin

 

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